• Partie 1 - Kellian

    Deux ans plus tôt.

     
    Mes yeux s'ouvrent doucement après une bonne nuit de sommeil, pour que je puisse commencer une nouvelle journée longue et ennuyeuse. Je soupire en reconnaissant le plafond blanc de ma chambre et le papier peint océan sur les murs. Je n'ai pas envie de sortir de mes draps chauds et confortables. Pourtant, je sais que ma mère ne me laissera pas paresser toute la matinée, surtout s'il fait beau. Je m'extirpe à regret des couvertures couleur azur de mon lit simple pour ensuite me lever. Je me dirige vers l'unique fenêtre de ma minuscule chambre de 8m² pour tirer les rideaux et laisser la lumière blanche de l'Etoile éclairer la pièce. Cette soudaine luminosité m'a tout d'abord aveuglé. Puis, mes yeux s'y habituent et je peux contempler le paysage de Nakla, une petite ville d'une centaine d'habitants. L'eau de la rivière qui passe à une dizaine de mètres de ma maison scintillait grâce aux rayons de l'Etoile, l'herbe était plus belle que jamais, ainsi que les nombreux arbres et il n'y avait pas une habitation en vue. J'ai la chance que ma chambre donne sur le côté naturel du paysage et non sur le côté rue, et donc, chaque matin, je profite de cette beauté. Je vois ensuite mon miroir où je me dirige ensuite. En contemplant mon reflet, je ne peux que soupirer. J'ai des cheveux dorés souvent en bataille comme je prends rarement le temps de les coiffer, des yeux verts brillants qui n'expriment que lassitude, une marque légèrement bleutée qui relie mon œil gauche à mon menton en faisant des boucles qui est visible grâce à ma peau pâle. Je ne suis pas musclé pour un sou, contrairement aux autres adolescents de mon âge. Je ne suis qu'un garçon banal, inintéressant, ayant seulement les caractéristiques d'un meiklanien. Quand je me regarde dans ce miroir je pense toujours à la même chose avec une joie ironique. Je m'appelle Kellian, j'ai 15ans, j'ai une bouille -soi-disant adorable- de gamin et les seules personnes sur Meikla qui me parlent sont ma mère, Dalina et ma tante, Bialana ! 
    Je finis par sortir de ma chambre en traînant les pieds. L'escalier en bois grince quand je pose un pied dessus. Ma mère est dans la partie cuisine de la pièce principale entrain de préparer le petit-déjeuner. Dès qu'elle entend les craquements des marches, elle se retourne et me fait un grand sourire. Son visage est doux, elle a les mêmes marques que moi sur le visage. Ses cheveux sont aussi blonds que les miens. Mais contrairement à moi, elle a des yeux lavande brillant. La couleur de mes prunelles est la seule chose que j'ai hérité de mon père, qui a mystérieusement disparu il y a 10ans. 

    -Bonjour Kellian ! Me salue-t-elle d'une voix joyeuse. 
    -Bonjour maman. 
    -Tu n'as encore dormi qu'avec ton pantalon de pyjama ! Me gronde-t-elle, bien qu'elle ne me faisait pas un réel reproche, cela s'entendait dans sa voix. Si tu attrapes froid, il ne faudra pas venir te plaindre mon grand ! 

    Suite à cette phrase, je regarde mon corps et constate qu'effectivement, je suis torse nu. Si j'étais normal et comme tous les garçons de 15 ans, je serais plus musclé que je ne le suis actuellement. Je soupire. 

    -Ne t'en fais pas mon chéri, il y a des garçons qui évoluent moins vite que d'autre. M'affirme Dalina avec un sourire réconfortant. Aller, va t'asseoir. Ta coupe de fruits est presque prête. 

    Je vais m'installer à table et attend patiemment que ma mère m'apporte mon petit-déjeuner. Je serais bien capable de le faire tout seul, mais elle adore prendre soin de moi, son unique fils, et je n'ose rien lui dire, de peur de la vexer. S'il y a bien une chose que je déteste, c'est de faire du mal aux personnes qui me sont proches. Surtout qu'elles sont peu nombreuses. Je regarde autour de moi. La pièce est très petite. Dans la partie cuisine, il y a une gazinière grise, un petit frigidaire blanc, deux petits éléments de cuisine et trois étagères. Il y a aussi une petite table en bois avec deux chaises fabriquées avec le même matériel. Puis, je tourne ma tête vers la partie salon. Le canapé en cuir usé occupe presque tout l'espace. Et puis, en face, il y a un écran blanc et rectangulaire qui fait 1 mètre de long et 50 centimètres de large. A la droite du canapé et de l'écran, se trouve une bibliothèque en bois avec plusieurs ouvrages rangés par ordre alphabétique sur les étagères. Les murs sont en bois, et le parquet recouvrant le sol est un bois plus clair que celui des murs et du mobilier. Ma mère pose ma coupe de fruits devant moi, avec une cuiller. Je mange en silence, puis je remonte à l'étage pour m'habiller. Je me contente de mettre une pauvre chemise à carreaux rouges et un jean qui commence à s'user. Je sors rapidement de la maison, après avoir prévenu ma mère que je pars me promener, comme je le fais chaque jour d'ailleurs. J'avance d'un pas rapide dans les rues, les mains enfoncées dans mes poches, ignorant les passants autour de moi. J'attends avec impatience que mes pieds quittent les pavés pour marcher sur l'herbe. Moment qui arrive en quelques minutes, à peine. Je quitte la route qui rejoint probablement une autre ville pour aller sur une colline que j'affectionne. A cet endroit, le paysage est magnifique et je crois bien que c'est le seul lieu où je me sens réellement bien. J'arrive sans effort en haut et j'admire ce que mes yeux me permettent de voir, j'inhale un grand bol d'air. 
    Je vois la rivière, l'herbe bien verte parsemée de quelques fleurs blanches, les arbres qui montrent que la forêt se trouve non loin d'ici, le tout merveilleusement bien mis en valeur par les rayons de l'Etoile. J'observe aussi des papillons qui se baladent tranquillement dans l'air et j'entends les oiseaux chanter leur chant mélodieux. Un léger sourire apparaît sur mes lèvres. Mes pensées vagabondent, ma tête se vide. Je descends la colline en courant pour ensuite me laisser tomber au bord de la rivière. Les mains derrière la tête, allongé de tout mon long, je regarde le ciel. Je soupire et je ferme les yeux. 

    -Kellian Geilia ? M'appelle soudain une voix qui ne me dit absolument rien. 

    J'ouvre les yeux et je cherche la personne qui vient de me parler. Une forme se dessine doucement dans le vide, puis une femme apparaît devant moi. Je m'assoies, intrigué. Je lève la tête vers elle pour mieux la voir. Je la trouve étrange, parce qu'elle est exactement l'inverse de tous les meiklaniens. Elle a de longs cheveux noirs, qui ne brillent pas aux rayons de l'Etoile. Elle n'a pas de marque sur le visage, mais une sorte de diamant violet foncé trône au milieu de son front. Ses yeux jaunes légèrement orangé contrastent avec sa peau couleur pierre. Elle porte une longue robe noire, qui met parfaitement ses formes en valeur. Tout en elle dégage l'obscurité, et une autre sensation que je n'arrive pas à définir. Instinctivement, je me méfie, cette personne ne m'inspirant aucune confiance. Et je pense qu'elle a dû remarquer ma vigilance, au vu de son sourire –narquois- qui apparaît sur ses lèvres. 

    -Qui êtes-vous ? Demandai-je, sur un ton soupçonneux. 
    -Ne sois pas si suspicieux Kellian. Je ne te veux aucun mal. M'assure-t-elle d'une voix calme, trop calme à mon goût. 
    -Ça ne répond pas à ma question. 
    -Je sais. Mais je vais y répondre maintenant. Je suis Méliana, l'ange protecteur de Meikla. 

    Je la regarde ensuite d'un air dubitatif. Un ange protecteur ? Pourtant, ce rôle ne lui va pas du tout. Elle a une aura bien trop noire pour que cela puisse correspondre. Elle ne me dit rien qui vaille, et je pense qu'il faut que je parte, avant qu'elle ne m'attire des ennuis. 

    -Je dois te parler Kellian. Ajoute-t-elle ensuite, toujours d'une voix extrêmement calme. 
    -Mais moi, je ne veux pas vous écouter. Rétorquai-je en me levant subitement, pour ensuite m'apprêter à grimper la colline. Je vais peut-être aller à la bibliothèque du village, un lieu où il n'y a jamais personne. 

    Sauf que, avant même que je puisse faire un mètre, cette mystérieuse Méliana apparait devant moi, pour me barrer la route. Ne comprenant pas ce qui venait de se passer, je regarde derrière moi, vers l'endroit où elle se trouvait précédemment. Je me tourne à nouveau vers elle, tout en ayant le pressentiment qu'elle ne me laissera pas partir aussi facilement. 

    -Qu'est-ce que vous me voulez ? Demandai-je finalement, tout en disant que plus vite elle m'aura dit son information, plus vite je serai tranquille. 
    -Je viens t'annoncer que le moment de ta formation est arrivé. 
    -Quelle formation ? De quoi vous voulez parler ?
    -Tout meiklanien doit faire cette formation, qui consiste à aller vivre, pendant un temps indéterminé, sur une autre planète. La formation sera terminée quand tu seras prêt à revenir sur Meikla, pour assumer pleinement ton rôle dans la société. Mais ne t'inquiète pas, quand tu reviendras, ce sera comme si le temps s'était arrêté pendant ton absence. 
    -Comment ça quand je serai prêt ? Et ça sert à quoi, votre formation ? 
    -A former. Me répond-t-elle avec un sourire taquin, qui veut sans doute dire que je n'en saurai pas plus à ce sujet-là. Et pour répondre à ta première question, tu comprendras le moment venu. 
    -D'accord... Et je pars quand ? Je vais atterrir où ? Mais comment je vais arriver à me faire comprendre, vu que les habitants ne vont pas parler la même langue que moi ? 
    -Pour ce qui est de la langue, ne t'inquiète pas pour ça. Un sort te sera jeté et tu comprendras tout ce qu'ils te diront, et ils comprendront tout ce que tu diras. M'affirme-t-elle, sur un ton énigmatique. Tu vas aller sur une planète qui s'appelle la Terre, qui se trouve dans la Voie Lactée, dans le Système Solaire, ayant pour étoile le Soleil. Et tu pars ... maintenant. 

    Je n'ai pas le temps de répliquer quoique ce soit que je me retrouve aspiré dans une sorte de tunnel qui traverse l'espace. Je vois le visage moqueur de Méliana, puis, la seconde suivante, le noir total. Je ne vois plus rien. Je crie, je hurle de peur. J'ai l'impression de tomber dans un gouffre sans fond. Mon corps tourne dans tous les sens, comme si je tombais du haut d'un immeuble. J'ai du mal à respirer, on dirait qu'il n'y a pas d'air. Je me demande quand est-ce que cet enfer va se terminer. Et puis soudain, je vois une forte lumière et je m'écroule sur du goudron. Je grimace, la chute n'ayant pas été sans douleur. J'ouvre les yeux, que j'avais précédemment fermé. La première chose que je vois est un ciel bleu parsemé de nuages blancs. Je m'assois pour regarder toutes les choses qu'il y a autour de moi, pour commencer à découvrir cette planète qui m'est inconnue. J'ai du mal à tout définir, ne connaissant pas la grande majorité des objets que mes yeux observent. Je tousse, ayant pour habitude de respirer un air beaucoup plus pur que celui de la Terre. Tout devient flou, et je me sens de plus en plus mal. Je suis perdu, je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas où je suis. 

    -Quelque chose ne va pas ? Me demande soudain une voix de femme, me faisant sursauter tout en me sortant de mon trouble.

    Je lève la tête vers elle. Elle doit avoir la quarantaine, elle a des cheveux noirs, des yeux noisettes et la peau légèrement métissée. Elle porte deux sacs de provisions, un dans chaque main. Elle semble inquiète et me regarde bizarrement. Je ne sais pas quoi dire, j'ouvre la bouche mais aucun son ne sortait. 

    -Euh... J-Je ... N-non je... C-Ca va. Bafouillai-je, étonné de constater que je comprenais ce qu'elle disait, et qu'elle semble comprendre ce que je dis. T-Tout va bi-bien. 

    Elle n'est pas, visiblement pas convaincue. Elle me regarde étrangement et je ne sais pas quoi faire. 

    -Oh mais tu dois être Kellian ! S'exclame-t-elle. On attendait que ton arrivée justement.
    -Euh... Hésitai-je, surpris qu'elle connaisse mon nom, et quelque chose me dit que Méliana n'est pas étrangère à cela. 
    -Allez, ne fais pas ton timide. Suis moi mon grand, je vais t'aider à porter tes sacs. 

    Je fronce les sourcils, intrigué, n'ayant aucune affaire avec moi. Puis je vois la femme passer non loin de moi, et prendre l'un des deux sacs de voyage, qui devait apparemment m'appartenir. Je me lève et prend le deuxième. Je la suis jusqu'à la porte d'entrée d'une grande maison, plus grande que la mienne sur Meikla. 

    -Au fait, moi c'est Céline Jeracou. Se présente-t-elle avec un sourire. Mon mari s'appelle Fabrice et on a une fille, Abigail. Elle a ton âge, je pense que tu devrais bien t'entendre avec elle. Tu devrais vite t'intégrer, tu verras. 

    J'hoche la tête, avec un timide sourire, tout en essayant d'assimiler tout ce que j'apprenais. Nous entrons à l'intérieur de l'habitation, et je suis surpris par la décoration. L'entrée n'est pas très grande, mais une grande porte ouvre sur le salon. Le sol était recouvert de carrelage dans les tons beiges, et cette pièce était très chaleureuse, surtout avec la présence de la cheminée en pierre. Je regarde tout autour de moi. Il y a beaucoup plus d'objets dans cette maison qu'il n'y a dans la mienne sur Meikla. 

    -Ta chambre est au fond du couloir. M'informe soudain Céline, me sortant de ma contemplation. Je vais ranger les courses, je te laisse t'installer. 

    Elle me donne mon deuxième sac et entre dans le salon pour sans doute aller dans la cuisine. Je vais donc dans le couloir pour aller au bout et atteindre ma chambre, comme cette mère de famille me l'a indiqué. Mais je suis rapidement coupé dans mon avancée par une douce mélodie. Je ferme les yeux, la trouvant magnifique. Puis je me dirige vers la provenance de cette musique pour finalement pousser une porte entrouverte qui mène dans un bureau à première vue. Il se trouve une bibliothèque, un bureau avec un ordinateur et... un piano. Et assise devant cet instrument, une adolescente aux cheveux marron foncé mais dont la longueur m'empêchait de voir son visage. Ses doigts parcouraient les touches sans la moindre hésitation. La jeune fille était comme possédée par la musique, n'ayant pas encore remarqué ma présence. Je la regarde jouer, perdant conscience du monde qui m'entoure. Je reprends mes esprits quand le silence règne de nouveau. 

    -C'était magnifique. La complimentai-je soudain. 

    Elle tourne la tête vers moi après un sursaut. Je peux enfin voir son visage. Elle a de jolis yeux noisette, son visage n'inspire que gentillesse et générosité. Un beau sourire apparaît rapidement sur ses lèvres. 

    -Merci beaucoup. Me répond-t-elle. Tu es Kellian ? 
    -Oui. Confirmai-je, intimidé. 
    -Moi c'est Abigail. Se présente-t-elle sans quitter son splendide sourire. Bienvenue à la maison ! T'inquiète pas ici, il y a une bonne ambiance. Papa peut peut paraître strict, mais en vrai, c'est un véritable clown ! Et puis maman... Elle paraît ce qu'elle paraît ! S'exclame-t-elle en riant. Elle a dû te laisser te débrouiller tout seul je suppose à te voir avec tes sacs en main ! 
    -Euh, oui. 
    -Tu veux que je t'aide ? 
    -Je... Je ne veux pas te déranger. 
    -Tu parles ! C'est les grandes vacances, je n'ai rien à faire ! Rit-elle de nouveau, pour ensuite se lever et me prendre l'un de mes sacs et avancer dans le couloir jusqu'à une chambre. 

    Je suis encore surpris de voir autant de joie de vivre. Mais cela me fait sourire. Je la suis rapidement pour entrer dans une chambre plutôt simple, qui était dans les tons jaunes. Elle m'aide à ranger mes affaires dans les placards, puis, nous nous asseyons sur le lit pour faire connaissance. 

    -Alors, Kellian, parle moi un peu de toi ! S'exclame-t-elle, visiblement ravie de discuter avec moi. Tu avais quand même une vie avant d'arriver à Mingrain, une pauvre commune inconnue de tous dans la Beauce française ! 
    -Euh, il n'y a pas grand chose à dire en fait, à part que je suis Kellian Geilia et que j'ai quinze ans. Ma vie n'est pas très intéressante à vrai dire. 
    -Moi j'ai seize ans ! Et ma vie n'est pas intéressante non plus. Rit-elle. Mais... Oh ! Je viens de remarquer, tes yeux brillent ! Et... Elle est bizarre ta cicatrice sur le visage. 
    -C'est à cause de l'éclairage ! M'écriai-je, légèrement paniqué, ne sachant pas quoi inventer pour expliquer ma marque sur mon visage. Je cherche un mensonge dans ma tête, le plus rapidement possible, avant de trouver. Et pour ma cicatrice, c'est à cause de l'accident.. dans lequel mes parents sont morts ! 
    -A mince, je suis désolée. S'excuse-t-elle en grimaçant de gêne. J'ai toujours le chic pour mettre les pieds dans le plat sans le vouloir ! Pardon ! 
    -Ce... Ce n'est pas grave. La rassurai-je. 
    Elle fait tout de même une moue désolée, ce qui la rend tellement attendrissante. J'allais ajouter quelque chose quand Mme Jeracou entre dans la chambre. 

    -Je vois que vous avez fait connaissance ! S'exclame-t-elle. Bichou, si tu faisais visiter la ville à Kellian ? Il ne vient pas d'ici tu sais. Et il fait tellement beau aujourd'hui ! 
    -Pourquoi pas maman ! 

    Céline repart aussi rapidement qu'elle est venue. Mais quand je regarde à nouveau Abigail, je vois à son visage qu'elle est légèrement agacée.

    -Je n'aime pas quand elle m'appelle Bichou ! Me dit-elle. 
    -Pourquoi ? C'est mignon je trouve. 
    -Mignon oui, mais pour un enfant ! Je préfèrerai autant qu'elle m'appelle Abi. 
    -Pourquoi tu ne lui dis pas que tu n'aimes pas ? Demandai-je, intrigué. 
    -Elle va croire que je ne l'aime pas si je le lui dis. Et je ne veux pas la vexer. Mais heureusement qu'elle se retient quand j'ai des amis qui viennent à la maison ! Ce serait la honte sinon ! 
    -Ah, d'accord. Répondis-je, ne comprenant pas tout. 
    -Allez viens, je vais te faire visiter ma petite ville ! S'exclame-t-elle, de nouveau joyeuse. Je devais rejoindre des amis de toute façon ! 

    Je souris, tandis qu'elle sort déjà de la chambre. Je me lève du lit pour la suivre. Elle prévient sa mère que nous sortons, puis s'empresse de quitter la maison pour être dehors. Elle avance rapidement sur le trottoir, et j'essaie de suivre tant bien que mal son rythme. Tout en observant le décor autour de moi, étant tout de même ravi de découvrir une nouvelle planète. Mais je ne suis guère émerveillé, les lieux ne valant pas la beauté de Meikla. Il y a beaucoup de maisons, et la route en goudron ne semble jamais se terminer. Et il y a trop peu de végétation pour moi. La nature n'est presque pas présente. A croire que la Terre est l'opposé de Meikla. 
    Après un petit quart d'heure de marche durant lequel Abigail et moi avons beaucoup discuté, nous arrivons à un endroit un peu plus naturel. En effet, il y a beaucoup d'herbe, un lac plutôt grand, et des arbres de l'autre côté. Malheureusement, je vois aussi très bien les bâtiments derrière. Nous contournons le lac, pour arriver de l'autre côté, proche des arbres. Derrière les buissons se trouvaient deux adolescentes, et un adolescent, tranquillement assis sur le sol comme s'ils attendaient quelqu'un. 

    -Hey Bibi ! S'écrie soudain le garçon en nous voyant arriver. 

    Les deux filles qui nous tournaient le dos se retournent en souriant. 

    -Coucou tout le monde ! Répond Abigail en s'approchant du petit groupe. Je vous présente Kellian.
    -Euh, salut. Dis-je, ne sachant quoi dire d'autre. 
    -Kellian, le débile qui a crié Bibi, c'est Alexandre. La rousse, c'est Manon, et la brune c'est Amélie. 

    Tous me saluent, et Abigail et moi, nous nous installons avec eux par terre. Nous discutons beaucoup, eux me parlant de leur lycée dans lequel j'allais sans doute entrer en septembre. Je ne comprends pas tout ce qu'ils disent, mais je les trouve tous sympathiques. Cela me fait bizarre d'être apprécié, étant donné que ce n'est pas le cas sur ma planète. Le temps passe à une vitesse affolante, si bien que je suis surpris quand Abigail me dit qu'il va falloir qu'on rentre. Nous disons au revoir à tout le monde, et nous empruntons le chemin du retour. Au début, nous parlions peu. Je regarde le sol, mes mains profondément enfoncées dans mes poches. 

    -Tes amis sont sympathiques. Dis-je soudain, ne supportant plus ce silence entre nous. 
    -Oui. Sourit-elle. Je pense qu'ils t'aiment bien aussi. 
    -Ca me change. Avouai-je. De là où je viens, personne ne m'appréciait, donc, j'étais toujours seul. 
    -Ah bon ? S'écrie-t-elle, surprise en me regardant avec des yeux ronds. 
    -Oui. Confirmai-je dans un soupir. 
    -Pourtant, tu es quelqu'un de très gentil et de très attentif. Enfin, pour ce que j'en ai vu aujourd'hui. 
    -Je suis ... trop différent par rapport à eux, on va dire. 
    -Encore des personnes qui jugent sur l'apparence. Râle-t-elle. Tout pour l'extérieur, rien pour l'intérieur. 
    -Tu as des soucis par rapport à cela ? Demandai-je, intrigué. 

    Elle semble hésiter. Il est vrai que nous nous connaissons que depuis quelques heures, et il est compréhensible qu'elle ne me dise rien. 

    -En fait, dit-elle enfin, la majorité des gens de mon lycée ne m'apprécie pas vraiment, parce que je suis moche. 
    -Tu n'es pas moche ! La contredis-je. Tu es même... très mignonne, je ... trouve. Avouai-je, en rougissant. 
    -Merci. Me répond-t-elle en souriant. Je ne me trouve pas horrible non plus hein ! Personnellement, je pense que je suis normale. Ni trop belle, ni trop moche. Mais, à mon avis, pour eux, je suis trop banale, donc, inintéressante.

    Je suis de nouveau étonné. Pour moi, elle est différente, même si, en même temps, les filles de ma planète se ressemblent toutes. Mais aussi, par rapport à Amélie et à Manon, je la trouve différente. Elle a quelque chose qu'elles n'ont pas. Pourtant, je n'arrive pas à déterminer quoi. 

    -M'enfin, je m'en fiche de ce qu'ils pensent. Je ne veux pas non plus devenir Miss France ! Rit-elle, de nouveau joyeuse. Et franchement, leur avis, ça me fait de belles jambes ! 

    Nous discutons beaucoup jusqu'à que nous arrivions à la maison. A l'heure du diner, je fais connaissance avec le père de famille, Fabrice il me semble. Il est vrai qu'il est imposant, et j'ai peur de dire quelque chose de travers avec lui. Mais, comme me la dit Abigail, il est plutôt drôle. La soirée passe, et je suis dans ma chambre, en pyjama, entrain de lire un des livres qui étaient posés sur une étagère, au dessus du bureau. Céline m'a expliqué qu'en prévision de mon arrivée, ils avaient acheté quelques livres, en guise de cadeau de bienvenue. Je l'ai bien évidemment remercié. De temps en temps, je me penche légèrement pour voir ce qui se passe dans le couloir, ma porte étant grande ouverte. Je vois Abigail trottiner de sa chambre vers la salle de bain, et je souris par cette énergie malgré l'heure qui commence à être tardive. Je laisse d'ailleurs échapper un bâillement. Je décide tout de même de finir mon chapitre, ne me restant que trois pages avant de le terminer. Mes paupières sont lourdes et j'ai l'impression que je vais m'endormir, la tête entre les deux pages de l'ouvrage. 

    -Fais attention, tu t'endors ! S'exclame soudain une adolescente pleine d'énergie qui venait d'apparaitre dans la chambre, me faisant sursauter. 
    -Tu m'as fait peur ! 

    Elle éclate tout simplement de rire. 

    -Mais, c'est vrai, je m'endors. Je vais finir ma page et éteindre. 
    -Je ne peux que te le conseiller. Sourit-elle. Je venais juste te souhaiter une bonne nuit. 
    -Merci, toi aussi. 

    Et elle sort de la chambre aussi vite qu'elle est venue. Je pose mon livre sur la table de nuit et éteins la lumière. Mais, bien que je sois fatigué, je n'arrive pas à trouver le sommeil. Une question subsiste dans mon esprit. Pourquoi suis-je ici, sur Terre dans cette famille ? Méliana ne m'a pas donné de détails, m'ayant juste dit que c'était pour me former. Mais en quoi ? 
    Je me retourne sans cesse dans le lit, cherchant en vain une réponse qui ne viendra sans doute jamais. 
    Ma mère me manque. Je m'interroge sur comment cela se passe sur Meikla. Si elle n'est pas trop triste de l'absence de son fils unique. Je soupire. Même si aujourd'hui, les Jeracou ont été très gentils avec moi, m'ont accueilli à bras ouverts, ma vie là-bas me manque, et bien que je passais mes journées seul dans mon coin à paresser soit à la bibliothèque, soit allongé sur l'herbe à côté de la rivière. Après quelques minutes de réflexion, je finis par m'endormir. 
    Les journées passent à une vitesse affolante que j'en oublie le manque de ma planète. Les terriens que j'ai rencontré sont vraiment sympathiques. Abigail me fait visiter toute la ville, même la grande ville qui n'est pas loin. Je commence à la considérer comme une amie, ainsi que Manon, Amélie et Alexandre que je vois souvent également. Ils sont tous à la fois si semblables et si différents. Je ne me questionne plus sur la cause de ma présence ici. Le temps passe et je ne m'en rends même pas compte. Nous sommes le 26 juillet, et cela fait deux semaines que je suis ici. Pourtant, j'ai l'impression que cela fait seulement deux jours que je suis arrivé sur Terre. 
    Mais une crainte s'empare petit à petit de moi. Que se passera-t-il quand je devrais partir d'ici, et revenir sur Meikla ? Je devrais les quitter tous, et ne jamais les revoir. Ils vont me manquer, je le sens. Mais je n'oublierai jamais tout ce que j'ai vécu à Mingrain. Jamais. 
    Je m'attache de plus en plus à Abigail. Elle est tellement différente. Tellement... Je ne trouve même pas de mot pour définir ce que je pense d'elle. Elle est, tout simplement Abigail, peut-être. Même si c'est bien plus profond que ça. 
    Depuis que je me suis levé, j'ai un mauvais pressentiment. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai cela en moi depuis que j'ai ouvert les yeux pour entamer une nouvelle journée sans doute fantastique. Ce qui est d'ailleurs le cas. En fin d'après-midi, alors que je suis assis à côté d'Abigail qui joue du piano, je me perds dans mes pensées, tout en me perdant dans la mélodie magnifique qu'elle produit. 

    -Ça t'as plu ? Me demande-t-elle alors qu'elle vient de faire la dernière note du morceau, me sortant ainsi de mes songes. 
    -Oui, beaucoup. Tu joues merveilleusement bien. 
    -Merci. 

    Un nouveau silence, que je ne tarde pas à rompre. 

    -Abigail ? 
    -Oui ? 
    -Est-ce que tu regrettes de m'avoir rencontrer ?

    Elle semble surprise par ma question, qui est sortie toute seule. Elle me perturbait depuis un moment, et il fallait que je sois sûr. Pour alléger mon esprit. 

    -Pourquoi je regretterais ? Répond-t-elle. Tu es le garçon le plus gentil que je connaisse ! En plus, tu es compréhensif, attentif, sincère, et j'en passe. Non, vraiment, pourquoi je regretterais ? 
    -Je ne sais pas, je voulais savoir. Mais ça me fait plaisir ce que tu m'as dit Abigail. 
    -Kellian, appelle moi Abi ! Ça me fait de la peine de t'entendre m'appeler tout le temps par mon prénom en entier ! Sourit-elle. 
    -D'accord... Abi. 

    Je souris à mon tour. J'ai bien l'impression que c'est elle qui va me manquer le plus dans toutes les personnes que j'ai rencontré. Mon cœur se serre rien qu'à cette pensée. 
    La soirée passe trop vite, ainsi que l'heure d'aller dormir. Abi est assise sur mon lit, devant moi. Nous discutons, de tout et de rien. Mais des bâillements nous coupent de temps en temps. 

    -Je pense que je vais aller me coucher. Bâille Abigail. Je suis crevée. Bonne nuit Kellian ! 
    -Bonne nuit Abi. Souriai-je. 

    Elle se penche vers moi et m'embrasse sur la joue. Je rougis, elle sourit et sort de ma chambre après un autre bonne nuit. Je soupire de tristesse. Mon mauvais pressentiment vient de revenir. Je me glisse sous les couvertures et éteins la lumière. J'ai peur de fermer les yeux. Pourtant, je m'endors sans que je ne m'en rende compte...

    Et tout devient noir.


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