• Chapitre 4 - Tania

    Je ne sais pas comment, mais je me suis retrouvée allongée sur le dos sur le parquet inconfortable de la chambre. Mes yeux fixent le ciel étoilé à travers la fenêtre. J'ai eu l'occasion d'en admirer des plus beaux, des plus magnifiques. Et c'était dans la ville où je vivais avant que ma triste solitude ne commence. Mon regard se pose sur un livre posé à côté de moi. J'aurai bien aimé continuer ma lecture mais la nuit étant tombée et ayant la flemme de me lever pour allumer la lumière, il est impossible pour moi de lire. Je me demande bien pourquoi j'ai sorti cet ouvrage d'ailleurs. Je me redresse difficilement. Mes yeux sont rivés sur un point invisible devant moi. Puis, je prends le livre dans mes mains et j'observe la couverture. Un léger sourire naît sur mon visage. J'ai toujours aimé lire. Aussi loin que je m'en souvienne en tout cas. Quand j'étais adolescente, je passais mon temps libre le nez plongé dans un bon vieux livre. Et puis, maintenant, je lis pour oublier. Beaucoup de personne se plongent dans l'alcool ou dans la drogue, mais pas moi. Chacun sa manière, plus ou moins dangereuse pour la santé d'ailleurs. Lire me permet de m'évader dans un autre monde, de partager la vie des personnages et oublier un instant la mienne. Je soupire en reposant l'ouvrage sur le sol. Je me décide de me lever. D'un geste presque automatique, je prends ma veste et je sors. L'air frais de la nuit ne me fera pas de mal. Mais en sortant dehors, j'ai la surprise de m'apercevoir qu'il pleut, et pas qu'un peu. Alors que tout le monde se hâte de trouver un endroit où s'abriter, moi je n'hésite pas à aller sur le trottoir sous la pluie, même si ma misérable veste est tout, sauf imperméable. J'avance droit devant moi, en regardant mes pieds. Je me perds rapidement dans mes pensées. Je me souviens quand j'étais étudiante qu'il arrivait avec ma meilleure amie que nous sortions dehors sous la pluie et que nous sautions partout en criant et en éclatant de rire comme deux folles que nous étions peut-être dans ce genre de moment. Elle s'appelait Aurélie. Elle n'était pas spécialement belle, mais ses yeux noisette, ses cheveux bruns et ondulés et sa peau métissée lui donnait un certain charme. Elle n'était pas du tout sûre d'elle mais elle était la première à rire de tout, même des blagues niveau carambar et elle était aussi la première à voir quand quelqu'un allait mal. Elle était d'une extrême générosité et elle aurait aidé sa pire ennemie, du moins, si elle en avait une. Elle était vraiment quelqu'un d'attachant et on ne pouvait que l'aimer. Au fond, elle me manque. C'était quelqu'un sur qui on pouvait compter, à n'importe quelle heure. Je laisse échapper un soupir, attristée par son souvenir. Aujourd'hui, Aurélie n'est plus et elle repose paisiblement dans un cimetière plutôt joli. J'espère de tout mon cœur qu'elle est heureuse là où elle est. Une larme coule sur ma joue, suivie d'une deuxième, puis d'une troisième et finalement, plein d'autre. Même si elle me rappelle plein de souvenirs heureux, cela me fait repenser qu'elle n'est plus là. Elle et son sourire rempli de joie de vivre et de bonne humeur. Elle et sa capacité à comprendre les autres. Elle et sa simplicité. Elle, tout simplement.
    J'essuie rapidement mes larmes, bien qu'elles se soient mélangées avec l'eau de pluie qui ruisselle sur mon visage. Plus rien n'est sec sur moi, je viens juste de le remarquer, mais à vrai dire, je m'en moque. Je continue d'avancer. Les rues sont vides. Je suis seule sous la pluie. Je ne sais pas où je vais. Je n'en ai aucune idée. Mais il me semble que cela se calme, qu'il ne pleut que légèrement maintenant. Le froid me gagne. Je tremble. Mais je ne suis pourtant pas décidée à faire demi-tour et à retourner au motel. Je finis par arriver dans un quartier rempli de belles maisons. Dedans, il doit y vivre des familles heureuses et unies. Des gens qui goûtent au bonheur aussi facilement qu'ils respirent. J'entends des pas derrière moi, mais je n'y prête pas attention.

    -Tania ? Me dit soudain une voix, apparemment masculine, et j'arrive parfaitement à distinguer de la surprise dans le ton de cette voix.

    Je sursaute et j'hésite à me retourner. Pourtant, la curiosité commence à me ronger et j'ai une folle envie de savoir l'identité de la personne qui vient de me parler. Je me décide donc à faire face à cet inconnu, mais qu'il ne l'ai pas tout à fait, une fois que je l'ai reconnu. Un soupir s'échappa de ma bouche.

    -Oh ! Encore ce cher agent de police ! M'exclamai-je, peu enthousiaste.
    -Que faites-vous par ici ? Me demande-t-il. Votre motel est quasiment à l'opposé de ce quartier !
    -Si vous le dites. Et qu'est-ce que cela peut vous faire que je me trouve ici ? Je ne fais rien de mal à ce que je sache, à moins que se balader sous la pluie soit interdit par la loi, ce que je doute sérieusement. A moins que nous ne sommes plus dans une démocratie.
    -Cela m'étonne de vous trouvez en ce lieu c'est tout. Dit-il, en haussant les épaules. Mais... Vous tremblez ! Remarque-t-il soudain.
    -Sans blague !
    -Et vous êtes trempée. Venez chez moi ...
    -Des clous ! Refusai-je immédiatement, en ne le laissant pas terminer sa proposition. Hors de question que j'aille chez vous !
    -Laissez moi terminer ma phrase. Je vous propose juste de venir chez moi, le temps de vous réchauffer. Et ensuite je vous raccompagnerai à votre motel. Ce n'est pas prudent de sortir avec un assassin encore en liberté.

    Bien que je me fiche totalement du type qui a assassiné une femme la nuit dernière, la proposition de ce casse-pied trop curieux est bien tentante. Mais je suis quasi certaine qu'il en profitera pour me poser des questions qui vont fortement me déplaire. Alors, je préfère prendre quelques précautions avant d'accepter quoique ce soit.

    -J'accepte à une condition. Annonçai-je soudain.
    -Laquelle ?
    -Que vous ne me posiez aucune question.
    -D'accord.

    Je finis donc par le suivre, espérant que je ne devrais pas rester longtemps chez lui. Une fois à l'intérieur de sa maison, il se dirige vers la cuisine en me proposant un chocolat chaud ou un café. Je choisis sa première proposition et je vais dans le salon. Je me mets à détailler la décoration que je trouve simple, sans aucune originalité particulière. Mais, quelque chose attire mon attention. Une photographie plus précisément. Je m'en approche pour pouvoir la détailler. Je reconnais facilement ce cher agent dont j'ai oublié le nom et son bras gauche entourait les épaules d'une femme, rousse aux yeux marrons, qui devait avoir à peu près son âge. J'arrive à reconnaître aussi le parc où je me suis endormie cet après-midi. En regardant plus attentivement, je distingue qu'ils portaient tous deux une alliance. Ainsi donc, ce cher casse-pied était marié.

    -Elle s'appelle Agathe et c'est mon ex-femme. M'informe soudain la voix de mon hôte en me faisant sursauter. Je dis ça avant que vous me posiez la question.

    Je me retiens de lui lancer un regard noir qui aurait voulu dire que je ne suis pas curieuse pour un sou. Il me tends une tasse remplie de chocolat chaud et m'invite à m'installer sur le canapé. Je m'assois sans attendre et porte la tasse blanche à mes lèvres. Aucun de nous ne parle, ce qui est tant mieux d'ailleurs. Je ne veux pas m'éterniser et dès que j'aurais fini de boire, j'ai bien l'intention de rejoindre la petite chambre de motel où je réside. Sauf qu'apparemment, malgré sa promesse de tout à l'heure, monsieur-je-ne-peux-pas-m'empêcher-de-me-mêler-de-ce-qui-ne-me-regarde-pas à décider de rompre ce silence que je trouve apaisant.

    -Je sais que j'ai promis de ne pas poser de question, mais je voudrai savoir, vous devez avoir des proches, ils ne s'inquiètent pas pour vous ? Pourquoi vous n'êtes pas auprès d'eux ?

    Ma main se crispe autour de la tasse et je me raidis. Il vient de poser la question qu'il ne fallait surtout pas poser. Je repose violemment la tasse, vide, sur la table-basse en face de moi et je me lève.

    -Mêlez-vous de ce qui vous regarde ! Répondis-je froidement. Maintenant, ramenez-moi au motel.
    -Mais...
    -Ramenez-moi ou je rentre à pied !
    -Ok ok.

    Il se lève à son tour. Il se dirige vers le porte-manteau pour prendre une veste. Il ouvre le tiroir d'une petite table en bois, qui est à côté de la porte d'entré, pour sortir les clés de sa maison et de sa voiture. Je le suis à l'extérieur puis dans le véhicule gris qui est dans l'allée de garage. Le trajet se fait en silence. Je ne veux pas parler, et je pense qu'il doit se poser beaucoup de questions à mon sujet. La ville défile sous mes yeux, mais je ne fais pas attention. J'ai hâte que je puisse enfin partir de cette ville. Je ne dois pas rester ici trop longtemps. Comme ça, cela me permettra d'être débarrassée de cet imbécile d'agent de police, et aussi ça m'évitera que mon passé me rattrape. Je soupire en repensant à lui. Lui, la cause de ma chute, de mon enfer. Même si cela fait longtemps que je n'ai plus eu aucun signe de lui –tant mieux d'ailleurs- je sais qu'il me suit, qu'il essaie de me rattraper. Il faut que je parte, le plus rapidement possible. Je ne peux me permettre de laisser mon passé me rattraper aussi facilement.

    -On est arrivé. M'annonce soudain le brun ténébreux, en me sortant de mes sombres pensées.

    Je relève mon regard et je vois ce motel miteux où je vais passer une nuit supplémentaire. Un nouveau soupire s'échappe de mes lèvres et je sors sans attendre de la voiture.

    -Au revoir. Dis-je sèchement en claquant la portière, ne lui laissant pas l'occasion de me répondre.

    Je me précipite à l'intérieur du bâtiment, puis dans ma chambre. Je laisse tomber ma veste sur le dossier d'une chaise. Contrairement à la veille, je prends le temps de me mettre en pyjama. Je me faufile sous les couvertures du lit bien inconfortable et je laisse le sommeil m'emporter au pays des rêves...

    Ou plutôt, dans le pays de mes pires cauchemars.

     


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